Lettre d’information MIAS LLN/Namur : Mémoires 19/20

Lors des sessions de juin et septembre 2020, différent.es étudiant.es ont terminé leur parcours en présentant un travail de mémoire dont les qualités ont été soulignées par les jurys.

Ces différents travaux sont présentés dans cette lettre d’information.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture !

Et bien sûr, félicitations encore aux mémorant.es pour les travaux de recherche réalisés.

Si vous souhaitez davantage d’informations sur un de ces mémoires, vous pouvez prendre contact avec Thierry Dock à l’adresse thierry.dock@mias-lln-namur.be

  • Alexandra AL HAFFAR

L’intégration du sentiment d’incompétence des travailleurs sociaux de première ligne dans leurs rencontres professionnelles avec des usagers de drogues

L’ASBL B. propose chaque année un module de formation destiné aux travailleurs sociaux de services de première ligne rencontrant des situations de personnes consommatrices de drogues.

Ces travailleurs expriment leur sentiment d’incompétence de différentes manières à l’égard de ces situations. Ce sentiment prend appui sur une pluralité de facteurs dont la difficulté qu’ils éprouvent à s’identifier comme faisant partie d’un même groupe professionnel, ou la domination du champ médical dans le traitement de la question des addictions.

Dès lors, à travers l’analyse du sentiment d’incompétence au regard de ces éléments, comment interpréter les attentes qu’ils formulent vis-à-vis de la formation ?

  • Anne-Charlotte BAAR

Comment faire du travail en réseau une opportunité pour la continuité des soins ? L’accompagnement du jeune en situation de crise dans un réseau de santé mentale intersectoriel

Dans le cadre de la nouvelle politique de santé mentale pour enfants et adolescents, des réseaux intersectoriels se sont formés sur le territoire de chaque province belge. Outre les acteurs issus du secteur de la santé mentale, ces réseaux ont intégré un ensemble de professionnels issus de secteurs divers concernés par l’accompagnement du jeune et son entourage au cours de son développement. L’objectif de ces réseaux est de développer, sur chaque territoire, les six programmes définis par la réforme. L’un de ces programmes visait la mise en place de soins de crise à travers trois outils : l’équipe mobile de crise, le case management et les lits de crise.

Partant de ma question de départ qui était : « Dans le cadre de la nouvelle politique de santé mentale pour enfants et adolescents, comment les lits de crise s’inscrivent-ils dans le parcours de soins du jeune au sein d’un réseau intersectoriel ? », ce mémoire s’est construit autour de deux axes principaux : l’accompagnement du jeune en situation de crise et la continuité des soins dans le cadre d’un travail en réseau.

  • Aurélie BASSEUX

Le droit d’entrée à Extinction Rébellion : une recherche menée au sein d’Extinction Rébellion Belgique, Bruxelles et Ottawa 

Extinction Rebellion (XR) est un mouvement social récent, apparu fin octobre 2018 au Royaume-Uni qui s’est développé dans plus de 60 pays dont les groupes d’Ottawa (Canada) et de Bruxelles (Belgique), deux terrains sujets de ce mémoire. Le mouvement prône la non-violence et les actions perturbatrices de la vie économique et civile pour faire entendre leurs idées en faveur de l’environnement et de la démocratie. Le mémoire étudie l’existence d’un droit d’entrée pour les nouveaux et nouvelles militant.e.s au sein du mouvement social naissant (concept emprunté à Pierre Bourdieu). Extinction Rebellion est ici considéré comme un espace social. L’espace social est entendu comme un champ qui est régi par des règles qui lui sont propres. Ces règles propres au champ, ici à Extinction Rebellion, forment le droit d’entrée. Les individus qui constituent XR luttent pour être reconnus, se faire une place, au sein de ce champ selon ses règles, le droit d’entrée en place.

L’analyse se divise en deux parties : une première partie qui explique comment l’organisation soutient les nouveaux et nouvelles militant.e.s à l’entrée ; et la seconde partie qui reprend le processus de sélection informel que XR met en place. La première section met en avant une tendance aux profils sociaux similaires de militant.e.s malgré un mouvement qui s’affiche ouvert. La crédibilité du mouvement est appuyée par la création d’une identité propre et d’une histoire. Enfin, elle montre comment le mouvement répond à certaines attentes des militant.e.s comme une recherche de sociabilité, un espace pour leurs émotions ou des possibilités d’action diverses. La seconde section révèle les conditions à l’entrée dans XR telles que le réseau, l’informatique, ou encore « être une personne de confiance ».

Puis, elle analyse plus particulièrement la rencontre entre militant.e et organisation ainsi que les différences de positions entre membres. Cette hiérarchie informelle donne accès à des avantages par rapport à d’autres tels que l’accès à l’information.  À la suite de cette analyse, des pistes d’action sur la cohérence de l’identité des groupes étudiés, et de réflexion et de recherche sur la professionnalisation de XR sont élaborées.

  • Cédrine DELFORGE

L’interprétation en langue des signes : entre les besoins des utilisateurs et des interprètes. Identification des opportunités pour les gestionnaires de services.

Les personnes Sourdes et malentendantes ont des aptitudes de communication variées en raison de leurs parcours personnels et scolaires.  Certaines s’expriment exclusivement en langue des signes, d’autres oralisent, codent ou lisent sur les lèvres.  La surdité est un handicap sensoriel de communication qui rend difficile l’apprentissage du français écrit, particulièrement abstrait pour les personnes Sourdes et malentendantes.

Les services d’interprétation en langue des signes (terrain d’entrée : le SISW) augmentent en partie l’accessibilité de la société et rendent possibles les interactions avec des interlocuteurs entendants.

Cependant, les personnes Sourdes et malentendantes ont des attentes quant à l’offre de ces services, qu’elles voudraient voir s’étendre.  Les professionnels du secteur de l’interprétation sont quant à eux en réflexion, car vivent un moment charnière de la reconnaissance de leur métier.  Dans ce climat, entre les besoins des utilisateurs et des interprètes, les gestionnaires ont des opportunités à saisir pour que leurs services collent aux réalités de terrain.  Des éléments analysés dans ce mémoire.

Il découle de l’analyse des données une série de pistes.  Elles sont organisées en 2 temps :

– l’organisation et l’accessibilité des services d’interprétation en langue des signes

– la communication et la sensibilisation

L’identification des besoins chez les utilisateurs et les dispensateurs de services ont été transformés en opportunités à partir d’une analyse SWOT, permettant de privilégier objectivement 3 recommandations pour les cadres.

  • Anne-France JOMOUTON

Travailler par objectifs : opportunité ou contrainte dans le secteur à profit social ?

Nous avons choisi d’aborder la thématique de l’élaboration d’objectifs et ses impacts au sein du secteur à profit social, particulièrement dans le cadre de l’AViQ. Notre choix se justifie par le fait que nous nous étions, dans le cadre d’un premier travail, déjà intéressé à cette question à travers la notion du projet de service en tant qu’outil de management pour le responsable d’une équipe dans le secteur de la petite enfance. Dans une première partie, c’est au contexte que nous nous intéressons, de l’AViQ mais également au contexte plus général dans lequel se situe le secteur à profit social. Nous utilisons, afin de tenter d’affiner notre appréhension de la réalité institutionnelle, la grille de lecture telle que développée par Jacques d’Ardoino. Sur base de références théoriques, nous les complétons par des parties d’entretien que nous avons eu l’occasion d’avoir avec un agent de l’administration de l’AViQ et envisageons un postulat de travail. Sur base de celui-ci, nous abordons ensuite une phase de conceptualisation et nous centrons sur deux notions clés principales, le changement et les stratégies d’adaptation.

Dans une deuxième partie, nous expliquons dans un premier chapitre les méthodes de recherche utilisée, les entretiens semi-directifs ainsi qu’une journée d’observation. Nous devions initialement compléter l’ensemble par la diffusion d’un questionnaire mais au vu du contexte sanitaire, nous n’avons pu mettre en oeuvre cette démarche. Dans un deuxième chapitre, nous élaborons différentes analyses et réflexions issues de la mise en œuvre de la méthodologie.

Dans une troisième partie, nous revenons sur la recherche dans son ensemble, les écueils rencontrés mais également les enseignements que nous en avons obtenu.

De manière succincte, au niveau des résultats, nous dégageons trois axes : la notion de communication et la difficulté de traduction d’un niveau à un autre, le positionnement de chaque acteur rencontré à deux moments différents et l’impact de celui-ci, l’importance du réseau en vue de traduire collectivement une problématique et élaborer une stratégie d’action.

  • Liridona KRENZI

Quelles sont les ressources du cadre intermédiaire en CPAS pour préserver son identité professionnelle face aux exigences institutionnelles ?

Le mémoire débute par une présentation de l’organisation : qui est le C.P.A.S., son évolution socio-historique, une analyse de la structure, son cadre juridique ainsi que l’arrivée de la nouvelle gestion publique et les enjeux de la NGP au sein des C.P.A.S.

La méthodologie choisie pour cette recherche est qualitative. Il s’agit de chercher à interroger les représentations et la perception des cadres intermédiaires à propos de leur pratique au sein d’un C.P.A.S. et la façon dont ils gèrent à la fois les contraintes législatives, organisationnelles, politiques et les besoins des travailleurs sociaux face à une précarité grandissante et aux situations sociales de plus en plus complexes. La méthode qualitative à travers l’entretien semi-directif permet d’assurer une compréhension réciproque des questions, une adaptation et/ou une reformation des questions.

Une confrontation entre les discours des personnes interrogées et nos hypothèses construites à partir des lectures scientifiques réalisées au cours de cette recherche est réalisée. Une première hypothèse mise en avant est que « Le rôle des cadres intermédiaires comme facteur de cohésion au sein de l’organisation. »

Les cadres intermédiaires ont un rôle de traducteur et de donneur de sens au sein de l’organisation. Les différents discours des cadres intermédiaires rencontrés lors de cette recherche nous permettent de voir qu’il est important pour eux de motiver leurs équipes et apporter du sens face aux injonctions de la hiérarchie. Ceci permettant ainsi de garder un climat de travail relativement apaisé.

Les cadres intermédiaires font part également des tensions qui naissent de cette position intermédiaire qu’ils occupent. Ils peuvent parfois se retrouver dans une situation de double contrainte où d’un côté, leur fonction de cadre les obligent à avoir une certaine loyauté envers leur hiérarchie et de l’autre côté, ils se doivent de soutenir et défendre leurs équipes de travailleurs sociaux.

  • Antoine LAUNE

L’organisation d’un événement sportif : analyse de la stratégie d’une ONG

La recherche de fonds et de donateurs fait partie du quotidien d’une ONG pour assurer son bon fonctionnement et la mise en place de ses missions. Pour récolter des fonds, il est important d’attirer et renouveler sans cesse les sympathisants et ce, par de multiples moyens. Depuis quelques années, certaines organisations comptent sur un événement sportif « solidaire » pour lequel des individus récoltent, en équipe, une certaine somme d’argent pour participer. Le sport, le dépassement de soi et la solidarité sont des points d’ancrage sur lesquels l’ONG a décidé de se baser pour innover dans sa gestion.

L’objectif de ce mémoire est d’analyser les raisons de cette démarche. Quels sont les grands objectifs de l’organisation d’un événement sportif ? Par quels moyens un cadre peut-il attirer un public plus large qui contribue à la récolte de fonds ? Comment les participants de l’événement perçoivent ce type d’engagement ? Quels sont les paramètres importants à prendre en compte pour faire évoluer l’événement ? Ces questions constituent la base de ma recherche, axée sur l’analyse d’un cas spécifique. L’analyse de cas porte sur une ONG belge, organisatrice d’un événement depuis cinq ans.

Le cœur de la recherche s’axe sur un angle d’approche : l’analyse interactionnelle entre les différents acteurs. Pour ce faire, le concept de don et de contre-don constitue le point central de l’ensemble de la recherche et illustre les propos et les positions des différents acteurs. En outre, la reconnaissance sociale est utilisée comme concept pour analyser les intérêts et les motivations des participants.

Ce mémoire retrace la démarche d’une ONG souhaitant innover et augmenter sa notoriété par l’intermédiaire d’un événement sportif. Quels en sont les résultats, pour l’instant ? Les participants peuvent-ils devenir donateurs sur le long terme ? Quels intérêts ont-ils à participer ? Comment procède l’ONG pour attirer et fidéliser ces participants ? Quels processus interactionnels en découlent ?

A travers des entretiens réalisés auprès de l’équipe organisatrice ainsi qu’auprès des participants, cette recherche permet de découvrir « l’envers du décor » des interactions entre les différents acteurs afin d’analyser la stratégie d’une ONG souhaitant pérenniser et développer davantage ses missions. 

  • Jean-Philippe MATHY

La coordination au sein des maisons médicales : La professionnalisation comme enjeu individuel et collectif

La recherche montre les différents aspects de la socialisation des coordinateurs, les influences de leur parcours sur la manière dont ils investissent leur poste, mais également l’état des interactions entre ces coordinateurs et les autres professionnels, principalement les médecins.  Analyse de ces relations sous l’angle des relations entre groupes professionnels.               

La recherche met en avant les rapports de dominations présents, comment et sur quelles bases une forme de hiérarchie informelle s’installe malgré le contexte « d’égalité et d’autogestion » mis en place dans les maisons médicales mais également les phénomènes d’atténuation de ce rapport de domination.

  • Nicolas MINCIER

L’implémentation d’un outil de gestion au sein d’un hôpital psychiatrique : un processus de renormalisation.

Depuis ces deux dernières décennies, le pouvoir subsidiant des hôpitaux psychiatriques impose de nouvelles normes (financement à la performance, mécanisme des appels à projet…).

L’instauration du dossier patient informatisé fait partie de ces nouvelles règles de fonctionnement. Les prescriptions (structuration et échange des informations, protection des données) viennent influencer le quotidien des assistants sociaux. Ces derniers ont mis en avant que la structuration des informations les aidait dans l’exécution de leur pratique quotidienne.

L’échange des informations et la protection des données a par contre une influence sur le contenu des encodages. Les travailleurs sociaux ont tendance à ne pas mentionner certaines informations (les impressions, les ressentis, les interprétations) qui pourraient être soumises à un contrôle par les pairs, hiérarchique ou judiciaire.

Sachant que la spécificité du travail de l’assistant social est de l’ordre du rapport sensoriel (recueillir des impressions qui serviront aux échanges entre collègues pour émettre un diagnostic), nous pouvons poser la question de l’impact que peut avoir le contrôle du dpi sur l’autonomie de l’assistant social (situation pouvant amener au paradoxe d’autonomie sous contrôle).

  • Benjamin PIERSON

Le développement des droits culturels comme soutien à un processus d’insertion sociale et/ou professionnelle. Analyse du projet « Sur le Pouce ».

Les centres culturels couvrent trois dimensions importantes. L’accès à la culture, la participation à la vie culturelle et l’émancipation. Or, la culture est régulièrement enfermée dans l’idée d’une consommation de produits culturels et réservés à un public initié.

Cette recherche s’est articulée autour d’un projet organisé par le Centre culturel de Ciney qui a pour objectif de développer les droits culturels de publics spécifiques, peu habitués à fréquenter le monde culturel : le projet « Sur le pouce ». Ces publics s’inscrivent dans des processus de réinsertion sociale et/ou professionnelle. Dès lors, on peut s’interroger sur les possibles impacts de leur participation à ce projet dans leur processus de réinsertion. Et, dans un tel contexte, en quoi le développement des droits culturels peut-il favoriser un processus de réinsertion sociale et/ou professionnelle ?

Tout d’abord, la première tendance concerne l’épanouissement de chacun et donc la possibilité donnée à tous de se retrouver dans un cadre qui leur convient et d’y retrouver des éléments soutenants et rassurants. La deuxième tendance réside dans la découverte d’autres mondes et le « passage de frontières ». La troisième tendance importante dans le projet réside dans la « rencontre entre différents mondes » parfois très éloignés.

L’enjeu pour les centres culturels dans la mise en œuvre des droits culturels est donc de mettre en place les conditions possibles à leur développement. Il s’agit de permettre à chacun de se retrouver dans une posture confortable pour s’épanouir et être reconnu en tant que personne et citoyen.

Le développement des droits culturels permet de construire un terreau favorable à un processus de réinsertion, que ce soit au niveau social et/ou professionnel, pour amener tout un chacun vers la zone d’intégration. Il va « ouvrir des portes » pour les participants. Cela peut passer par les relations personnelles, par la rencontre, par un apprentissage plus technique, par une remise en route dans une activité, etc.

  • Camille POUCET et Marie CADELLI

Comment les facteurs individuels, interpersonnels, organisationnels et institutionnels influencent-ils le risque de non-recours aux droits en énergie au sein de CPAS ? Enquête auprès de travailleurs des CPAS et d’usagers.

L’énergie est une matière qui prend de plus en plus d’importance dans la société actuelle. Nous accordons cependant moins d’importance à ceux qui n’ont pas toujours accès à ces énergies ou qui éprouvent des difficultés à les financer. Dans ce mémoire, nous souhaitons mettre en avant l’importance de cet accès à l’énergie au sein des CPAS. La littérature et les entretiens réalisés permettent de mettre en avant certains facteurs de risque de non-recours aux droits en énergie. Nous avons décidé d’analyser ceux-ci sur base de la grille d’Ardoino, à travers les niveaux individuel, interpersonnel, organisationnel et institutionnel. Trois typologies de non-recours provenant de la littérature sont principalement ressorties suite à la réalisation des entretiens et nous avons décidé les mettre en évidence : la non-connaissance, la non-proposition et la non-demande.

  • Delphine SAUGUES

Les ressorts de l’engagement des individus dans une organisation environnementale :  recherche menée au sein de l’ONG ​Greenpeace ​ et du mouvement ​Extinction Rebellion. 

Ces dernières années, les enjeux environnementaux sont devenus un objet de mobilisation citoyenne massive en Belgique. Des mouvements de désobéissance civile ont émergé, et les problématiques environnementales occupent une place importante dans les médias : « ​Aujourd’hui, l’humanitaire, les droits de l’homme, l’écologie sont mieux classés que la  solidarité ou l’égalité au hit-parade des valeurs sociales ​ » (Vendramin, 2013, p. 21). 

 Certain·e·s citoyen·ne·s s’engagent pour l’environnement à travers une organisation. Plusieurs questions se posent alors : ​Pourquoi, et ​pour quoi, les individus s’engagent,  donnent de leur temps, donnent d’eux ? Et surtout, pour quelles raisons maintiennent-il·elle·s leur engagement au sein de l’organisation ? 

Afin d’apporter des éléments de réponses, j’ai intégré un groupe local de volontaires de  l’organisation non-gouvernementale ​Greenpeace ainsi qu’un groupe local de membres du mouvement ​Extinction Rebellion. Les méthodes de l’observation participante et de l’entretien semi-directif, ainsi qu’un travail d’objectivation, ont permis de récolter des matériaux dont  l’analyse par théorisation ancrée m’a conduite à dégager trois axes structurant les résultats  de la recherche. 

Le premier axe concerne le rapport à l’organisation. Les individus souhaitant s’engager dans une cause se dirigent vers une organisation sur base de son identité (capital historique, culture) mais aussi de la place des volontaires au sein de celle-ci. L’organisation représente   également un lieu de multiples savoirs. Le deuxième axe se centre sur le rapport à l’action.   La notion de « liberté » dans la création et la participation aux actions ainsi que le rapport à  la (non-)violence est exploré. La portée de l’action est envisagée selon sa légitimité et les objectifs visés, aussi bien officiels ou « émotionnels ». Le dernier axe développe la notion de corps social, présentant la dynamique entre individu et collectif. L’entre-soi y est développé  dans ses dimensions symboliques, organisationnelles et émotionnelles. Le «​prendre soin », quant à lui, fait état de l’expression de la solidarité entre les membres et de l’organisation envers ses membres. A la lumière de l’analyse, des perspectives d’actions et de recherche  sont dégagées, abordant notamment la place de l’outil numérique, les différentes rétributions, ou encore la convergence des luttes. 

Appréhender les ressorts de l’engagement des individus dans une organisation environnementale, permet de rendre compte de la complexité des motivations au-delà de la cause défendue. Les organisations ont la possibilité de s’en saisir et de les travailler, afin de pérenniser l’engagement de leurs membres, tout en ​prenant soin d’eux·elles.

  • Sandrine WALHIN

Evolution des pratiques professionnelles des conseillers mutualistes : éléments d’une analyse à travers le prisme de l’ouverture du droit à l’intervention majorée.

Le premier axe du pacte inter-mutualiste conclu en novembre 2016 par le cabinet de la ministre de la santé et des affaires sociales impose aux mutuelles le renforcement de leur compétence en matière notamment de conseil, de proactivité, d’accompagnement des membres et de coaching. Cela implique pour les mutuelles d’apporter une réponse aux membres en termes, d’accessibilité des soins de santé, d’information, de respect et d’ouverture de leurs droits, tout en renforçant leur « empowerment ». 

Les collaborateurs de première ligne comme les conseillers mutualistes sont directement impactés et doivent opérationnaliser cette nouvelle vision au travers de leurs pratiques professionnelles. Le focus de ce travail de recherche sur l’analyse des pratiques professionnelles des conseillers mutualistes en matière d’ouverture d’accès aux droits à l’intervention majorée (IM) permet, en prenant appui sur les concepts théoriques (capabililités d’Amartya Sen, Care et développement du pouvoir d’agir), de percevoir s’ils sont aptes à assumer cette évolution de leur métier.

L’analyse des entretiens semi directifs montre que les 8 conseillers interrogés maîtrise la succession des étapes de la procédure d’ouverture du droit à l’IM telle que prescrite par l’institution mutuelliste.

On retrouve essentiellement chez ces conseillers les caractéristiques « d’agent instrumental » selon Amartya Sen. Cependant, la superposition des grilles d’analyse des entretiens permet de visualiser un glissement plus ou moins abouti de « l’agent instrumental » vers « l’agent réalisé » au travers de leur implication dans des actions volontaires non prescrites par la procédure d’ouverture du droit à l’IM. On constate que dans sa relation au bénéficiaire potentiel de l’IM, le conseiller adopte invariablement une posture d’expert unilatéral, quel que soit son niveau d’investissement dans l’échange, en se limitant à répondre à la demande initiale du membre.

La contextualisation de la problématique reste restreinte à la seule « situation du ménage mutualiste » au regard des indicateurs établis. Les besoins connexes du potentiel bénéficiaire de l’IM ne sont pas analysés et le soutien du réseau interne et externe n’est pas ou peu sollicité dans la résolution de la problématique. Ces pratiques professionnelles semblent limiter le développement de « l’agir » et de l’autonomisation du potentiel bénéficiaire de l’intervention majorée.